Réuni en Conseil d'administration ce 21 septembre, le Syndicat des audioprothésistes (SDA) a décidé d'apporter son soutien au projet de réforme de l'encadrement de la publicité relative aux aides auditives et aux dispositifs d'optique médicale, initié par la Direction de la sécurité sociale. Il demande toutefois que sa mise en œuvre ne compromette pas la possibilité pour les audioprothésistes d’informer leurs patients sur leur exercice, sur la prise en charge du déficit auditif et sur la prévention.
Le 100 % Santé a permis une avancée réelle dans l'accès aux soins auditifs : le taux d'appareillage en France est passé de 41 % en 2018 à 55,5 % en 2025, plaçant la France parmi les meilleurs taux d'équipement d'Europe1. Cette réussite sanitaire s’est toutefois accompagnée d’effets de bord. La solvabilisation de la demande a attiré de nouveaux acteurs et favorisé une conception consumériste de l'appareillage, au détriment d'une approche sanitaire : offres de « deuxième paire », cadeaux, remises événementielles, ventes combinées…
Sur le terrain, les audioprothésistes constatent que certains patients choisissent aujourd'hui leur équipement principalement en fonction d'une offre promotionnelle, sans disposer d'une information suffisante sur son adéquation à leurs besoins ni sur les conditions de suivi proposées. Ces pratiques peuvent conduire à une adaptation insuffisante, à un port irrégulier, voire à l'abandon de l'équipement : une véritable perte de chance pour des patients souvent âgés, premiers bénéficiaires potentiels d'un appareillage bien réalisé.
Le SDA estime que la santé ne saurait être traitée comme un marché de biens de consommation courante. Or certaines pratiques commerciales, parfois agressives, encouragent des comportements de surconsommation et alimentent une demande artificiellement stimulée, dont le coût est in fine supporté par la solidarité nationale. L’encadrement de ces pratiques doit ainsi contribuer à garantir la soutenabilité de la prise en charge des aides auditives et de l’optique par l’Assurance maladie et les organismes complémentaires et, dans un contexte de vieillissement de la population, à préserver l’accès des patients à ces soins.
Ce constat, le SDA le porte de longue date : dès juillet 2019, le syndicat alertait sur les campagnes promotionnelles associant l'acquisition d'aides auditives remboursées à l'offre d'un smartphone2. Depuis, il n'a cessé d'appeler à un encadrement de la publicité commerciale dans ce secteur, une orientation reprise par l'IGAS, plusieurs Hauts Conseils et l'Assurance maladie, qui ont recommandé de faire évoluer le cadre publicitaire applicable au secteur.
C'est dans ce contexte que le SDA a pris part, comme les autres organisations concernées, à la concertation ouverte le 4 septembre par la Direction de la sécurité sociale sur l'encadrement de la publicité relative aux aides auditives et aux dispositifs d'optique médicale. Ces deux filières relèvent en effet de la même dérogation aux règles de publicité des dispositifs médicaux remboursables.
Le SDA apporte donc son soutien à cette réforme en audioprothèse et en optique, tout en appelant à ce que sa mise en œuvre préserve la possibilité, pour les audioprothésistes, d'informer leurs patients sur leur exercice, sur les modalités de prise en charge du déficit auditif et sur les enjeux de prévention en santé auditive. Cette information, à la différence de la promotion commerciale, sert précisément l'objectif de santé publique poursuivi par la réforme.
Or, l’enjeu est considérable. Le déficit auditif concernera près de 8 millions de personnes en France d’ici 20303. Ses conséquences sont aujourd'hui bien documentées : isolement, troubles psychiques, chutes, déclin cognitif et perte d'autonomie4. Pourtant, alors que les communications commerciales sur les aides auditives sont omniprésentes, l'information du public sur les enjeux de santé liés au déficit auditif demeure insuffisante5. L’essai clinique ACHIEVE a notamment montré qu'une intervention auditive pouvait ralentir de 48 % le déclin cognitif sur trois ans chez les personnes les plus à risque6. Cet investissement présente également un intérêt économique majeur : dans les pays à revenus élevés, le déploiement des interventions recommandées par l'OMS en matière de prévention, de dépistage, d'appareillage et de réhabilitation pourrait générer de l'ordre de 37 dollars de bénéfices pour chaque dollar investi sur dix ans7. Les seuls gains de productivité attendus y excèdent d'ailleurs le coût des interventions, avant même toute valorisation du bénéfice sanitaire.
La santé auditive constitue ainsi un levier essentiel pour engager le virage préventif dont notre pays a besoin et contribuer à la maîtrise des comptes sociaux.
1 SDA, Quatre ans après l'entrée en vigueur du 100 % santé audiologie, la France parmi les meilleurs taux d'équipement auditif d'Europe (étude EuroTrak), 2025
2 Communiqué SDA, Carton rouge : des smartphones aux frais de la Sécurité sociale et des mutuelles, 2 juillet 2019
3 Académie nationale de médecine, La presbyacousie, un problème de santé publique et d'économie de la santé, 2026
4 The Lancet, Dementia prevention, intervention, and care: 2024 report of the Lancet standing Commission, 2024
5 SDA, La CNSA réaffirme l'importance de la santé auditive dans les politiques de prévention de la perte d'autonomie, mai 2026
6 The Lancet, Hearing intervention versus health education control to reduce cognitive decline in older adults with hearing loss in the USA (ACHIEVE): a multicentre, randomised controlled trial, 2023
7 The Lancet Global Health, Global Return on investment and cost-effectiveness of WHO's HEAR interventions for hearing loss: a modelling study, 2022, tableaux 3 et 4.
À propos du SDA
Le Syndicat des audioprothésistes (SDA ex-UNSAF) est l’organisme professionnel représentatif des 5 100 audioprothésistes de France. Il siège à l'Union nationale des professionnels de santé (UNPS), l'Union Nationale des Professions Libérales (UNAPL) et au Haut Conseil des professions paramédicales (HCPP). Il est le signataire de la convention nationale de tiers-payant et de l’accord cadre interprofessionnel (ACIP), conclus avec les Caisses nationales d'assurance maladie. Le SDA est aussi membre du World Hearing Forum de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Il est présidé par Stéphane Gallégo depuis mars 2026. Centrales et enseignes partenaires du SDA : Audio Libre, Audition Conseil, Centrale des Audioprothésistes CDA, Dyapason, Entendre, Phonème, Saga.