fermer
revenir au site   >

Comprendre et soigner la périchondrite (inflammation de l'oreille)

Audition

16.02.26

image bannière

Une oreille rouge, chaude et douloureuse ne doit pas être ignorée, surtout après un piercing ou un choc. Méconnue du grand public, la périchondrite est une inflammation qui touche la structure même du pavillon de l’oreille. Elle a intérêt à être prise en charge rapidement. Ce guide vous aide à identifier ses symptômes, comprendre les risques et réagir rapidement pour préserver la santé et l’esthétique de vos oreilles.

Qu'est-ce qu'une périchondrite ?

La périchondrite est une inflammation de l’oreille externe, le plus souvent d’origine infectieuse. Elle touche principalement le périchondre (la membrane fibreuse qui entoure le cartilage) au niveau du pavillon de l’oreille et peut entraîner douleur, rougeur, gonflement et, en l’absence de traitement rapide, une altération durable du cartilage sous-jacent.

Une inflammation du périchondre

Le périchondre est un tissu conjonctif, dont le rôle est de soutenir et de protéger les autres tissus. Il est dense, vascularisé et recouvre la majorité des cartilages du corps, dont le cartilage auriculaire. Le cartilage étant quant à lui peu ou pas vascularisé, il dépend directement du périchondre : c’est lui qui lui apporte nutriments et oxygène. Le périchondre participe également à la croissance, à la réparation et au maintien de l’intégrité du cartilage.

En cas de périchondrite, l’inflammation compromet cet apport nutritif, ce qui peut conduire à des douleurs, voire à une nécrose du cartilage et à une déformation de l’oreille si la prise en charge est tardive.

À quoi est due la périchondrite ?

La périchondrite survient généralement lorsque la barrière cutanée protectrice de l’oreille est rompue, ce qui permet aux bactéries de pénétrer jusqu’au périchondre. Les piercings traversant le cartilage ou “piercings hauts” (tragus, hélix, industriel) constituent la cause la plus fréquente. Contrairement au lobe de l’oreille qui est bien irrigué, le cartilage cicatrise lentement et dispose de défenses immunitaires locales plus faibles. Une lésion à ce niveau crée une porte d’entrée directe vers le périchondre.

Outre les piercings, tout traumatisme direct au niveau du pavillon de l’oreille peut déclencher une périchondrite.

Causes courantes

  • Piercings passant à travers le cartilage
  • Lésions
  • Brûlures et gelures
  • Piqûres d'insectes
  • Chirurgie de l'oreille
  • Auriculothérapie (acupuncture de l'oreille)
  • Furoncle
  • Extension d'une infection superficielle du pavillon
  • Zona auriculaire (infection par le virus de l'herpès zoster)

Facteurs aggravants

La périchondrite a davantage tendance à se développer sur un terrain fragilisé.

  • Chez les patients diabétiques ou immunodéprimés : le système immunitaire peine à combattre les infections, même mineures, qui dégénèrent plus facilement.
  • Dans le cadre de maladies systémiques : certaines pathologies auto-immunes rares, comme la granulomatose avec polyangéite ou la polychondrite récidivante, peuvent provoquer une inflammation du cartilage sans qu’il n’y ait de blessure externe.

Comment diagnostique-t-on une périchondrite ?

Le diagnostic de la périchondrite repose avant tout sur un examen clinique par un médecin généraliste ou un spécialiste ORL. Un signe distinctif simple permet souvent de confirmer le diagnostic: l’inflammation s’arrête au niveau du lobe de l’oreille. Ce dernier étant dépourvu de cartilage, il reste généralement sain, contrairement à d’autres infections (comme l’érysipèle) qui touchent l’ensemble de l’oreille.

Si le diagnostic est incertain ou si le médecin soupçonne une complication, des examens d’imagerie peuvent compléter le diagnostic:

  • L’échographie : pour vérifier la présence de pus sous la peau.
  • La tomodensitométrie (TDM) : pour écarter une ostéomyélite ou une mastoïdite.

Symptômes courants

  • Érythème (rougeurs)
  • Otalgie (douleurs à l'oreille)
  • Sensation de chaleur au niveau de l'oreille
  • Tuméfaction du pavillon auriculaire
  • Accumulation de pus
  • Déformation

Bon à savoir : la périchondrite se repère par une déformation de l'oreille, plus souvent sur la partie supérieure. Le résultat visuel est proche de l’oreille en chou-fleur souvent constatée chez les rugbymen ou les pratiquants de sports de combat. Dans leur cas, la déformation est néanmoins plus souvent causée par un hématome non-drainé alors qu’une périchondrite non traitée mène plutôt à une atrophie ou une déformation par lésion cartilagineuse.

Comment soigner une périchondrite ?

La prise en charge de la périchondrite doit être précoce pour limiter les dommages structurels. Une fois le diagnostic posé, le traitement est adapté à la gravité de l’inflammation et aux résultats d’éventuelles cultures du liquide drainé.

Traitement médicamenteux

L’objectif du traitement est à la fois de se débarrasser de l’infection et de réduire l’inflammation afin de restaurer l’oxygénation du cartilage. Il se base avant tout sur la prescription d’antibiotiques, généralement sur une période de 10 à 14 jours. Selon les cas, d’autres types de médicaments peuvent être utilisés, en combinaison avec les antibiotiques.

  • Antibiotiques : ils constituent le pilier du traitement. Le médecin privilégie généralement une antibiothérapie ciblant spécifiquement la bactérie Pseudomonas aeruginosa, le germe le plus souvent responsable de la périchondrite. L’utilisation de fluoroquinolone par voie orale est la référence, car elle possède une excellente diffusion dans les tissus cartilagineux.
  • Corticoïdes : des corticostéroïdes systémiques sont souvent prescrits pour leur action anti-inflammatoire puissante, afin de stopper rapidement le processus de destruction tissulaire.
  • Analgésiques : ils sont utilisés en complément en cas de douleur intense liée à l’inflammation.

Retrait des corps étrangers

Si l’infection est liée à la pose d’un bijou, le retrait immédiat du piercing est indispensable pour éliminer l’infection. Il en va de même avec d’autres corps étrangers (“clous” utilisés en auriculothérapie notamment). En l’absence de cause d’infection évidente, le médecin peut prescrire une biopsie ou une prise de sang pour rechercher un trouble inflammatoire sous-jacent.

Drainage des abcès

En cas d'abcès, les médicaments seuls ne suffisent pas. Une petite incision est alors faite par l’ORL pour drainer le pus, en laissant le drain en place 24 à 72 heures pour s’assurer de l’évacuation totale des fluides. Des prélèvements sont alors effectués et placés en culture pour ajuster l’antibiothérapie au germe responsable de l’infection.

L’application de compresses chaudes peut enfin parfois être recommandée pour favoriser la circulation sanguine et la guérison. Attention toutefois à ne les considérer que sous recommandation médicale : la chaleur peut parfois favoriser la prolifération bactérienne et n’est donc pas recommandée en phase inflammatoire aiguë ou en cas de suspicion d’abcès.

Quelles sont les complications possibles ?

Sans traitement adéquat, la périchondrite peut devenir destructrice et récidivante. Le risque majeur est alors la nécrose avasculaire. Le cartilage, privé de sang par le décollement du périchondre, meurt. Il existe également un risque de nécrose septique, causée directement par les toxines bactériennes.

Pour éviter une déformation permanente de l’oreille externe, il est parfois nécessaire d’avoir recours à une ou deux sutures matelassées. Cette technique consiste à placer des compresses ou des attelles de chaque côté du pavillon, maintenues par des points de suture. Elle permet de garder le périchondre au contact du cartilage et ainsi d’assurer sa revascularisation.

 

Avertissement : les informations contenues dans cet article sont fournies à titre informatif et pédagogique uniquement. Elles ne remplacent en aucun cas un avis médical professionnel, un diagnostic ou un traitement. En cas de suspicion d’infection, de douleur ou de symptômes persistants, consultez un médecin généraliste ou un spécialiste ORL.

TROUVER UN MÉDECIN ORL