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Qu’est-ce que la misophonie (symptômes, causes et traitement) ?

Audition

01.09.22

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Littéralement, misophonie signifie “haine du son”. Plus spécifiquement, il s’agit d’une gêne auditive touchant des personnes de tous les âges et se traduisant par leur incapacité à supporter des sons bien précis, généralement produits par des adultes. Leur réaction peut alors être plus ou moins violente et ce indépendamment du volume sonore des sons concernés. Dans ce guide, nous nous intéressons en détail à ce qu’est la misophonie, comment la reconnaître, la traiter et, malgré le peu d’études sur le sujet, en comprendre les causes éventuelles.

Définition simple de la misophonie

La misophonie est un terme apparu au début des années 2000 pour qualifier une aversion aux sons. Plus précisément, la misophonie est un trouble psychique caractérisant le fait de ne pas supporter des sons bien précis, généralement produits par d'autres personnes. Ces sons peuvent varier d'une personne misophone à une autre. Néanmoins, les bruits de mastication, les raclements de gorge, reniflements ou encore le bruit des doigts frappant les touches d'un clavier sont très souvent mentionnés. 

La misophonie n'est pas considérée comme un trouble psychiatrique. Elle serait néanmoins causée par une activité anormale dans certaines zones du cerveau. Sa prise en charge est par conséquent psychothérapeutique. 

Symptômes de la misophonie

Être simplement dérangé par un son répétitif ou constant n'est pas suffisant pour parler de misophonie. En présence de ce trouble, les personnes peuvent ressentir de l'angoisse, une irritabilité excessive voire du dégoût. Les symptômes peuvent alors être assez violents. Ils se caractérisent par une perte de contrôle, souvent verbal, plus rarement physique (larmes, envie de vomir, besoin de crier notamment). 

En réaction à ces sons et dans le but de s'en protéger, les personnes souffrant de misophonie peuvent chercher à couvrir le son en écoutant de la musique ou en utilisant des bouchons d'oreille. D'autres cherchent à faire stopper le son. On parle alors de stratégies d’évitement

Dans certains cas avancés, l'aversion aux sons caractéristique de la misophonie peut évoluer vers une aversion visuelle, par exemple en ne supportant plus de voir les lèvres bouger, indépendamment du son qu'elles entraînent. 

Causes de la misophonie

Les causes exactes de la misophonie sont encore méconnues. Elle semble indifféremment toucher tous les âges et tous les genres. Néanmoins, quelques éléments remarquables peuvent déjà être mis en évidence. D'une part, les sons concernés sont quasi systématiquement répétitifs et produits par des adultes. Des bruits similaires produits par des enfants ou des animaux ne produisent ainsi pas la même gêne. D'autre part, la misophonie est régulièrement associée à d'autres troubles comme le syndrome de Tourette, les troubles obsessionnels compulsifs (TOC), l'anxiété ou un état dépressif. On estime également qu’environ 10% des personnes souffrant d'acouphènes sont misophones. 

L'insula : une zone du cerveau impliquée dans la misophonie et l'audition ?

L’une des hypothèses les plus sérieuses évoque un possible problème d'évaluation neuronale du cortex insulaire et du cortex cingulaire antérieur à l'origine de la misophonie. Ces zones du cerveau sont elles aussi encore relativement peu connues et comprises. Le cortex insulaire, ou insula, semble néanmoins jouer un rôle important dans le comportement humain et la gestion d'émotions comme l'agressivité et le dégoût. Ces cortex sont de plus impliqués dans le syndrome Gilles de la Tourette, qui pourrait également être lié à l'apparition de la misophonie. 

En plus de sa possible implication dans l'apparition de la misophonie, l'insula semble jouer un rôle dans le traitement auditif, et ce aussi bien pour les sons verbaux (parole) que pour les sons non-verbaux, tels que ceux traduisant la misophonie (bruits de bouche, de gorge, cliquetis, etc.). Un problème au niveau de l'insula pourrait ainsi entraîner une hyperacousie, une hypersensibilité aux sons elle aussi commune en présence d'acouphènes, mais aussi d'autres troubles liés à une perte de l'audition

Une prédisposition génétique à la misophonie ?

Plus de la moitié des personnes souffrant de misophonie évoquent des cas similaires dans leur entourage familial. Cette proportion importante permet de formuler l'hypothèse d'une prédisposition génétique à ce trouble. La cause exacte reste néanmoins encore méconnue et le besoin d'études scientifiques de grande envergure est bien présent. 

Diagnostic de la misophonie

La misophonie étant encore relativement mal comprise, elle est difficile à diagnostiquer. À l’heure actuelle, son diagnostic repose essentiellement sur l’utilisation de l’Amsterdam Misophonia Scale, ou A-MISO-S, adaptée de l’échelle d’évaluation utilisée pour mesurer les troubles obsessionnels compulsifs (TOC). Mise au point à Amsterdam à la fin des années 2000, elle permet non seulement de diagnostiquer la misophonie, mais également d’en estimer l’intensité. Le diagnostic repose alors sur les réponses aux questions des patients, classées selon six catégories prenant notamment en compte l’influence de la maladie sur le quotidien du patient, la fréquence d’apparition des symptômes ou encore le temps passé à essayer d’éviter les sons redoutés. 

L’Amsterdam Misophonia Scale permet alors de classer la sévérité de la misophonie sur une échelle allant de 0 à 24 et proposant cinq degrés d’intensité: 

  • Symptômes non-évocateurs d’une misophonie (0 à 4)
  • Symptômes légers (5 à 9)
  • Symptômes modérés (10 à 14)
  • Symptômes graves (15 à 19)
  • Symptômes sévères (20 à 24)

Comment traiter la misophonie ?

Il n'existe pas de traitement basé sur des données probantes contre la misophonie. En l'absence de preuves, le traitement de la misophonie ne cherche donc pas à soigner le trouble, mais consiste plutôt en l'utilisation de thérapies d'adaptation. Leur but est de permettre aux patients de mieux vivre avec les symptômes de la misophonie et, si possible, de les soulager. Ils ne disparaissent néanmoins généralement pas. 

Une fois le diagnostic de la misophonie établi, un traitement psychothérapeutique est mis en place. Il s'apparente aux thérapies utilisées pour soigner les phobies, dont les thérapies comportementales et cognitives. Comme pour les phobies, il est important d'agir rapidement après le diagnostic. Une misophonie non traitée peut en effet rapidement empirer, parfois jusqu'à provoquer l'isolement social de la personne en souffrant. 

Lorsque la misophonie est associée à des acouphènes, une thérapie d'adaptation aux acouphènes peut également permettre de la soulager. Si les bruits parasites dans les oreilles ne peuvent souvent pas être guéris, il est généralement possible d'apprendre à vivre avec, notamment en apprenant au cerveau à se focaliser sur autre chose et donc en permettant à la personne concernée de détourner son attention des sons. Différentes méthodes existent, par exemple en utilisant le bruit blanc, l'hypnose ou encore certains traitements naturels contre les acouphènes

Des traitements médicamenteux (antidépresseurs, anxiolytiques) sont parfois utilisés contre la misophonie pour pallier les problèmes psychiques. Ils ne semblent néanmoins pas proposer de résultats concluants.

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