Le rapport Charges et Produits pour 2027 inscrit l’audition parmi les leviers de prévention du déclin cognitif et de la perte d’autonomie. Pour le SDA, cette reconnaissance impose de mieux informer les usagers, de préserver le 100 % Santé et le suivi dans la durée, mais aussi de conforter un réseau de proximité dont les équilibres économiques se fragilisent.

Ce 15 juillet, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a publié des lignes directrices sur la réduction du risque de déclin cognitif et de démence. Elle estime que jusqu’à 45 % de ce risque pourrait être évité ou retardé en agissant sur des facteurs modifiables et précise que « des aides auditives peuvent être proposées dans le cadre de stratégies de réduction des risques » 1 . Cette recommandation intervient quelques jours après la publication du rapport Charges et Produits pour 2027 de l’Assurance Maladie. Celui-ci rappelle que la déficience auditive figure parmi les quatorze facteurs de risque modifiables sur lesquels une action pourrait prévenir ou retarder 45 % des cas de maladie d’Alzheimer. Il souligne aussi le déficit d’information des usagers sur la prévention et le repérage précoce.
Pour le Syndicat des audioprothésistes (SDA), cette convergence constitue un signal majeur. Elle prolonge les conclusions publiées en avril par la CNSA, qui relevait la connaissance encore insuffisante, par le grand public, des bénéfices cognitifs d’un appareillage précoce2 . La santé auditive doit désormais être intégrée aux politiques de prévention de la perte d’autonomie.
Le rapport fait de la prévention la « bataille de la décennie » et engage des travaux pour en mesurer le retour sur investissement. Il appelle à développer le repérage précoce des fragilités grâce au programme ICOPE de l’OMS, qui évalue six fonctions essentielles au maintien de l’autonomie : mémoire, nutrition, vision, audition, bien-être psychologique et mobilité.
Le déficit auditif concerne près de 8 millions de personnes en France. Il favorise l’isolement, les troubles psychiques, la dépression, les chutes, le déclin cognitif et, à terme, la perte d’autonomie. Ses conséquences affectent directement trois capacités suivies par ICOPE : la cognition, la santé mentale et la locomotion. L’OMS estime que, dans les pays à revenus élevés, chaque dollar investi dans les aides auditives rapporte 37 dollars sur 10 ans3 . Associé à un accompagnement professionnel durable, l’appareillage auditif constitue donc un levier sanitaire et médico-économique majeur.
En intégrant l’audition au repérage des fragilités et à la prévention du déclin cognitif, l’Assurance Maladie confirme que les audioprothésistes ne représentent pas seulement une dépense : ils constituent un investissement incontournable pour la santé publique.
Cette reconnaissance doit aussi éclairer l’analyse économique du secteur. Le rapport constate que l’audioprothèse est le seul des secteurs étudiés dont le chiffre d’affaires moyen par société a diminué entre 2018 et 2023, une baisse de 18,9 %, tandis que le nombre d’unités légales actives progressait de 1 500 à 2 200. Après le pic ponctuel de 2021 lié au lancement du 100 % Santé, la rentabilité a régulièrement reculé : en 2023, le résultat net représente 7,9 % du chiffre d’affaires, plaçant l’audioprothèse à l’avant-dernière position des secteurs analysés. Pour les centres indépendants, pénalisés par l’inflation et l’augmentation des charges face à un prix de vente stable depuis 2021, il n’était plus que de 5,2 %.
Ces données confirment les constats formulés par le SDA en novembre 20254 : loin de toute « rente », la profession connaît une dilution croissante de son activité. Selon les données du SDA, la situation s’est encore tendue en 2024, avec une croissance du marché inférieure à 1 % et un record de 223 fermetures de centres. Le maillage de 8 000 points de prise en charge, l’un des plus denses d’Europe, garantit pourtant un accès rapide à un appareillage sans reste à charge à 950 euros par oreille, comprenant au moins quatre années d’adaptation et de suivi.
Au moment où l’Assurance Maladie appelle à investir dans une prévention efficace, fragiliser ce réseau ou réduire les moyens consacrés au suivi constituerait une contradiction sanitaire et économique. Préserver le 100 % Santé, garantir un accompagnement dans la durée et la proximité des audioprothésistes, mieux informer le grand public sur les bénéfices de l’appareillage auditif et conforter une régulation exigeante de la profession sont autant de leviers pour assurer la qualité des prestations et donner pleinement effet au virage préventif dont notre pays a besoin.
1 Communiqué OMS, Nouvelles lignes directrices de l’OMS : jusqu’à 45 % du risque de démence pourrait être évité ou retardé, 15.07.2026
2 Communiqué SDA, La CNSA réaffirme l’importance de la santé auditive dans les politiques de prévention de la perte d’autonomie, 21.05.2026
3 The Lancet Global Health, Global Return on investment and cost-effectiveness of WHO's HEAR interventions for hearing loss: a modelling study, 2022
4 Communiqué SDA, Audiologie : un modèle français du 100 % santé performant, loin de toute « rente » économique, 04.11.2025